Entrevue avec Dieudo Hamadi sur Examen d’État

En République démocratique du Congo, des jeunes tentent coûte que coûte d’obtenir leur Examen d’État. Le film de Dieudo Hamadi fait la chronique de leurs préparatifs, et rend avec justesse les espoirs et les désillusions qu’ils éprouvent.

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D’où est venue l’idée du film ? Aviez-vous vécu la même chose étant jeune ?

L’idée du film m’est venue presque par hasard… Je me promenais un beau jour de septembre 2010 dans un quartier de Kinshasa, et je tombai sur une scène qui déclencha en moi des vagues d’émotions, me rappelant brusquement mes années d’écolier: il y avait devant l’entrée principale d’une école, une dizaine d’étudiants qui vitupérait contre des enseignants excités qui leur interdisaient l’accès aux cours  au motif qu’ils n’avaient pas payé la « prime des professeurs ». La scène était brutale, triste et drôle à la fois. Certains passants en riaient, d’autres poursuivaient leur chemin sans rien dire, hochant tout simplement la tête. Moi, je décidais d’en faire un film.

Comment s’est fait le choix des jeunes que vous suivez dans votre film ?

Au cours des trois semaines qui avaient précédé le tournage, j’ai d’abord choisi une école: l’Athénée Royale de Kisangani – 3ème ville du pays, ma ville natale. L’élégante architecture de cette école construite à l’époque coloniale m’avait séduit. Ensuite, j’ai repéré une salle de classe – la 6ème année HP (soit la classe terminale des Humanités Pédagogique). Il y avait comme un gouvernement dans cette classe – un président, des ministres, des réunions de crise etc. Enfin, j’ai choisi le personnage principal du film: Jöel. Son histoire personnelle m’avait beaucoup touché, je décidai alors d’en faire le fil conducteur du récit.

Avez-vous fait face à de la réticence lorsque vous filmiez, de la part des étudiants ou bien des professeurs et des autorités?

Oui. Certains étudiants n’ont pas voulu être filmés. J’ai respecté leur choix; ils ne figurent pas dans le film. Les professeurs m’ont exigé une autorisation de tournage émanant du ministre de l’enseignement pour pouvoir filmer. Une fois que je l’avais obtenue, il n’y avait plus aucun problème; ils m’ont laissé faire librement mon travail.

Même si l’enjeu est différent, on peut établir un parallèle avec Atalaku, où les candidats (lors de l’élection de 2011) sont prêts à tout pour se faire élire. Dans Examen d’État, filmer le premier enjeu important du parcours de ces jeunes était-il un moyen métaphorique de parler d’une situation plus générale de corruption et de lutte permanente qui se répète au cours de la vie des congolais ?

Oui, le parallèle est permis; il s’agit justement dans les deux films, des congolais aux prises avec leurs démons, s’armant de tout ce qui est à leur portée pour se défendre, et ainsi continuer à exister. Mais dans Examen d’Etat, il est  aussi question de tirer la sonnette d’alarme, attirer l’attention sur une situation qui me semble très préoccupante: celle d’une jeunesse sacrifiée, totalement laissée à l’abandon. Que va-t-on devenir dans les 10-20 prochaines années avec une jeunesse pareille ? That is the question.

Pensez-vous que cette situation est amenée à évoluer dans un futur proche ? Dans quel état d’esprit se trouve la jeunesse par rapport au fonctionnement de la société ?

Oui, c’est possible que la situation change. Il suffit juste que nos décideurs prennent conscience du danger qui nous guette et rectifient leur tir.

Beaucoup de jeunes ont malheureusement  le nez tellement collé au guidon de la débrouille que c’est très difficile pour eux de prendre le recul nécessaire pour analyser sereinement le fonctionnement de leur société. Ils font avec ce qu’il y a sans trop se poser de question et avancent.


À l’écran, votre approche est immersive, au coeur des événements, et en même temps votre présence reste très discrète, en retrait. Est-ce que vous intervenez parfois pendant le tournage ou vous conservez une position d’observateur ?

Non je n’interviens pas pendant un tournage. Tout en m’efforçant  de rester le plus discret possible, j’essaye plutôt d’anticiper les réactions et les interactions des gens que je filme afin de pouvoir toujours être au bon moment et au bon endroit pendant le tournage d’une scène.

Avez-vous eu l’occasion de montrer le film en République démocratique du Congo ?

Oui, le film a été montré deux fois au Congo depuis sa sortie. La première fois c’était une projection exclusivement réservée aux personnages apparaissant dans le film, à Kisangani. Et la deuxième fois, c’est tout récemment à l’occasion du festival du film de Kinshasa, organisé par l’ambassade de France.

Séances :

Mercredi 19 novembre, 18h00 – Cinéma du Parc 2

Samedi 22 novembre, 13h00 – Cinéma Excentris Cassavetes