Entrevue avec Nadège Trébal, réalisatrice de Casse

À travers l’observation sobre et attentive d’une casse de voitures, Casse est un film qui se construit au gré des rencontres avec les hommes qui y travaillent, et au fil des récits qu’ils confient à la caméra. La cinéaste Nadège Trébal a bien voulu nous raconter comment son projet est né et la façon dont il a pris forme.


Comment avez-vous découvert ce lieu très cinématographique, cette casse de voitures ? Est-ce le lieu qui a initié le projet du film ?


J’ai découvert ce lieu par accident. J’arpentais la zone à la recherche de décors pour une fiction, 
et je suis littéralement tombée sur ce parc de libre-service. J’ai été tout de suite happée par sa force aussi matérielle qu’évocatrice, métaphorique du monde dans lequel nous vivons. C’est alors très instinctivement, que j »ai décidé d’y tourner un film, qui serait documentaire.

Est-ce que vous avez commencé à tourner immédiatement ou est-ce que vous avez passé du temps au préalable à vous familiariser avec les gens qui y travaillent ?


J’ai fait des repérages dans plusieurs régions en France, pour nourrir mon désir de film, le structurer, l’écrire. À partir du moment où j’ai obtenu les moyens de tourner, je m’y suis attelée sans autre programme que celui de la rencontre avec les hommes sur place, la vraie rencontre, c’est-à-dire celle qui ne serait pas préparée, programmatique, anticipée.

Il y a des séquences de récits très émouvantes. Comment avez-vous travaillé avec vos personnages ? Est-ce qu’ils se sont confiés facilement ?


Tout cela tient au temps. Au temps que nous avons passé ensemble. Intense car nous savions qu’il serait éphémère. C’est quelque part dans cet agencement du travail mécanique, la nature de nos rencontres sans suite, et aussi par la curiosité réciproque qui nous liait, que quelque chose s’est délié de part et d’autre, une parole, une qualité de regard, certains silences.

Pourriez-vous nous parler un peu de vos parti-pris de mise en scène et de la façon dont ils se sont imposés pour ce film ?


La patience et la lenteur m’ont portée. Une certaine de forme de retard même, que je souhaitais cultiver, comme en réaction à l’urgence, à la précarité, et à la précipitation ambiantes. Accepter de ne pas tout voir, de perdre, de ne pas tout avoir. Toutes choses qui m’effraient dans la vie, et que je reprends à mon compte sur un plateau.

Le film aborde des questions comme l’immigration, la France post coloniale… Pensiez-vous aborder ces sujets dès le début du projet ou cela s’est-il affirmé en cours de tournage, au gré des rencontres?

En cours de tournage, oui. Au gré des rencontres. Car ce sont les immigrés qui se seront révélés les plus ouverts à la rencontre, et à la fantaisie de ma démarche. Les plus enclins à l’improvisation, les plus roués à la qualité de présence et de langage à laquelle j’aspirais.

Séances :

Jeudi 13 novembre, 18h00 – Cinéma du Parc 3

Dimanche 16 novembre, 14h00 – Cinéma du Parc 2