DESSIN: Yuri Ancarani à travers les yeux de Julie Delporte

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Notre dessinatrice Julie Delporte nous présente sa vision imagée du réalisateur Yuri Ancarani lors du  tête-à-tête, jeudi le 21 novembre. – Une rétrospective de l’oeuvre du cinéaste est programmée pour la 16ème édition des Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM). Julie Delporte est l’auteure de Je suis un raton laveur publié à La courte échelle, et de Journal, paru chez Koyama Press en anglais.

La trilogie Ancarani sera projetée samedi 23 novembre à 17h au Cinéma du Parc.

Il Capo : Dans la carrière de marbre de Carrare, il capo orchestre les opérations : il lève les bras, indique les directions, fait exister l’espace. À la précision de ce langage de signes répondent les lignes droites des blocs de marbre et les mouvements millimétrés des imposantes machines qu’il guide. Entre le ciel et la carrière, la caméra de Yuri Ancarani et son montage cadencé dessinent une chorégraphie sublime, où l’homme apparaît à la fois dérisoire et immense.

Piattaforma Luna : Sous un silence de plomb, Pays barbare nous plonge dès ses premières minutes au cœur d’images d’archives inédites filmées lors de la mise à mort de Mussolini. Ralenties à l’extrême, ces images subtilement manipulées par les cinéastes semblent vouloir à la fois nous immerger et nous faire réfléchir sur leur pouvoir de fascination. Fidèles à leur démarche poétique et militante, Yervant Gianikian et Angela Ricci Lucchi puisent de nouveau au cœur de la mémoire visuelle du monde pour proposer une réflexion essentielle sur la puissance de l’imagerie coloniale. Usant majoritairement de films amateurs tournés par l’armée italienne en Éthiopie, le film contraste l’apparente banalité des images avec une narration engagée qui nous rappelle que le fascisme d’hier est moins révolu qu’on le croit.

Da Vinci : Dernier opus de la trilogie de courts métrages de Yuri Ancarani, Da Vinci s’intéresse au système d’opération chirurgicale du même nom, fonctionnant avec des bras robotisés pour réaliser des chirurgies de pointe. Comme dans Il capo et Piattaforma luna, le cinéaste italien observe la chorégraphie des machines, signe non pas d’un environnement déshumanisé mais d’une intelligence humaine au travail. Filmée en grande partie à l’intérieur du corps humain opéré, l’œuvre livre des images bleutées d’une fascinante étrangeté, évocations de fonds marins ou de planètes inconnues, où de petits robots accomplissent impeccablement une besogne indéchiffrable. Entre la science-fiction et l’expérimental, Da Vinci est tout simplement une expérience audiovisuelle renversante. Cramponnez-vous à vos sièges.