Vidéo: Entrevue avec Marcel Ophuls

Marcel Ophuls : pour un autre récit de l’histoire

Fils unique de la légende du cinéma qu’est Max Ophuls, l’auteur du Chagrin et la pitié n’hésite pas à se qualifier de cinéaste de fiction frustré. Ouvertement ennuyé par le puritanisme, l’absence d’artifice et de récit du cinéma vérité, Marcel Ophuls, à l’instar de son grand ami Frederick Wiseman, revendique le documentaire comme une construction basée sur des illusions. Orchestrer cette illusion, c’est parvenir à toucher le public. Ce qui ne veut pas dire que cette dramatisation ne peut pas être utilisée avec honnêteté ou mise au service d’une certaine vérité.

Aussi Marcel Ophuls a-t-il développé une forme de récit de non-fiction, un style bien à lui qui brise les conventions du documentaire historique. Cette écriture qui lui est propre est certes documentaire : jamais scénarisée à l’avance, elle se fonde sur une multitude d’entrevues et de points de vue, une recherche minutieuse de matériel d’archives, une enquête patiente qui se déploie dans le temps. Avec un montage qui mise sur le recoupement, l’ironie et la contradiction, Ophuls cherche à faire voler en éclats les mensonges de l’histoire, mais aussi à émouvoir. Tant mieux si la vérité historique se fait jour; son plus grand plaisir reste celui de nous faire rire ou pleurer.

Méfiant envers les approches idéologiques et généralisatrices de l’histoire, Ophuls crée ses œuvres les plus bouleversantes quand il se penche au plus près sur les destins individuels, comme dans À ceux qui perdent, L’empreinte de la justice et November Days. Riche d’une expérience de vie de perpétuel exilé, sa triple identité culturelle et linguistique (l’allemande, la française et l’américaine) l’amène à juger avec la même tendresse et la même sévérité chacun des trois pays. Hostile à toute forme de nationalisme, il aborde avec un regard également critique le nazisme allemand et la collaboration française (Le chagrin et la pitié, Hôtel Terminus), la guerre du Vietnam (La moisson de My Lai), le patriotisme américain (Yorktown) ou le conflit en Bosnie (Veillées d’armes).

C’est avec autant de fierté que de joie que nous présentons cette rétrospective intégrale de l’œuvre documentaire de Marcel Ophuls, avec des exclusivités telles que À la recherche de mon Amérique, inédit sur le continent américain, et son tout récent film Un voyageur (après 20 ans sans réaliser), en première québécoise. Deux importants documentaires sur Marcel Ophuls viendront compléter le programme.

Charlotte Selb

La rétrospective Marcel Ophuls est présentée en collaboration avec le Conseil des Arts du Canada, la Cinémathèque québécoise, Canal + et le Goethe-Institut. Un grand merci à Francis Kandel pour son aide précieuse à l’élaboration de cette rétrospective.

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Marcel Ophuls: toward a different historical narrative

The only son of film legend Max Ophuls, the director of The Sorrow and the Pity readily admits to being a frustrated maker of fictional films. He makes no secret of his impatience for cinéma vérité and its rigidity, lack of artifice and narrative weaknesses. Marcel Ophuls, like his great friend Frederick Wiseman, champions the documentary as a construction founded on illusions. Properly orchestrated, the illusion is what touches the audience – which is not to say that this kind of dramatization cannot be used honestly, in the service of deeper truths.

Ophuls developed a certain kind of non-fiction narrative, a style all his own that shattered previous documentary conventions. This singular style is certainly documentary in nature: it is never scripted in advance, and it is based on a multitude of interviews and points of view, meticulous archival research, and patient, time-consuming investigation. His editing relies on re-cutting, irony and contradiction, through which Ophuls explodes history’s lies, and also seeks to move the viewer. It’s all well and good to expose historical truth, but Ophuls’ greatest satisfaction comes from making us laugh and cry.

He is wary of ideological and generalizing approaches to history, and creates his most touching works when he zooms in on individual stories, as in A Sense of Loss, The Memory of Justice andNovember Days. Informed by his experience as a perpetual exile, his triple cultural and linguistic identity (German, French, American) leads him to look on all three countries with the same affection and severity. He is deeply opposed to all forms of nationalism, and has an equally critical view of German Nazism and French collaboration (The Sorrow and the Pity, Hôtel Terminus), the Vietnam War (The Harvest of My Lai), American patriotism (Yorktown), and the Bosnian War (The Troubles We’ve Seen).

We are both proud and delighted to present this retrospective of the complete documentary works of Marcel Ophuls, including exclusives such as À la recherche de mon Amérique, previously unseen in North America, and the Quebec premiere of his recent Ain’t Misbehavin’ (made after a 20-year hiatus from the director’s chair). Two major documentaries about Ophuls will complement the program.

Charlotte Selb

La rétrospective Marcel Ophuls est présentée en collaboration avec le Conseil des Arts du Canada, la Cinémathèque québécoise, Canal + et le Goethe-Institut. Un grand merci à Francis Kandel pour son aide précieuse à l’élaboration de cette rétrospective.