DOCVILLE DE SEPTEMBRE: ENTRETIEN AVEC IGNACIO AGÜERO / EL OTRO DIA

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Il y a 40 ans, le Chili a vécu un coup d’état de sinistre mémoire. Aux RIDM, nous trouvions important de souligner cet anniversaire en vous présentant le nouveau documentaire d’Ignacio Agüero, jeudi 26 septembre à Docville : El otro día. L’œuvre, empreinte de grâce et de poésie sur le Chili d’aujourd’hui, a remporté le prix du meilleur documentaire ibéro-américain au Festival de Guadalajara.

Synopsis: La maison d’Ignacio Agüero à Santiago donne directement sur la rue : sa porte d’entrée sépare son monde intérieur et son monde extérieur. À l’intérieur, c’est l’espace intime, le lieu des pensées et des souvenirs. À l’extérieur, c’est la ville de Santiago, multiplications par millions d’autres mondes intérieurs. Pendant un an, attentif aux lumières et aux saisons, Ignacio Agüero capte le passage du temps chez lui, filme les objets familiaux qui portent les traces de son histoire personnelle. Il laisse l’extérieur envahir ses réflexions, en filmant les étrangers, mendiants ou chômeurs, qui viennent sonner à sa porte et entrent ainsi dans le film. Il les suit dans leur propre quartier, leur propre « chez eux », abris de fortunes porteurs d’autres histoires. Cartographie subtile de Santiago et de la société chilienne, El otro día affirme avec élégance et empathie que l’histoire d’un pays existe dans les vies des individus. Le film sera présenté en collaboration avec le Festival du cinéma latino-américain de Montréal.

1.     RIDM: D’où vous est venu l’idée de filmer les gens qui sonnaient à votre porte? Accueillaient-ils facilement l’idée d’être filmés chez eux?

Ignacio Agüero: L’idée de filmer les gens qui venaient sonner à ma porte faisait partie de l’idée initiale du film et cette idée était d’observer l’espace de ma maison au cours d’une année et voir ce qui pouvait arriver durant cette période. Une partie de l’espace de ma maison était le son de ma sonnette. C’est un son de cet espace. Ce son m’amènenait à ouvrir la porte et à ce moment-là je me suis intéressé aux inconnus qui sonnaient à ma porte et à m’intéresser moi-même aller sonner à la porte de ces inconnus comme un moyen d’élargir le petit espace de ma maison au plus grand espace de la ville. C’est ce qu’a toujours été l’idée: un lien entre une maison (la mienne) et la ville, comme continent de millions de petits espaces inconnus les uns des autres.

Ceux qui acceptaient de jouer mon jeu, qui était d’aller à leur demeure, étaient à l’aise. Je crois que d’un côté ils comprennaient que ma proposition était juste et que d’un autre, ils appréciaient le fait de raconter une partie de leur vie à un inconnu, parce qu’avec un inconnu avec qui on se sent à l’aise, il est possible de parler comme jamais auparavant, et celà produit une certaine satisfaction, la satisfaction de s’exprimer librement.

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2.     RIDM: Les passages filmés à l’extérieur sont tournés sans quasiment aucune interruption, en plan séquence. Comment parvenez-vous à créer rapidement une telle intimité avec vos protagonistes?

IA: Ce genre de choses se produit parce que les gens comprennent qu’il s’agit d’une conversation sans but. Ces conversations n’ont pas un objectif précis si ce n’est que de faire la conversation. Les protagonistes savent que le film n’est pas destiné à la télévision, mais qu’il ne s’agit que d’une conversation avec quelqu’un qui est venu chez eux puisqu’eux sont venus chez cette personne en premier. Donc, ils perçoivent une relation honnête, ouverte et sincère. Je crois aussi qu’ils prennent plaisir à être en quelque sorte le centre de l’attention pendant quelques instants et ils comprennent qu’ils ont cogné à la porte d’un cinéaste qui s’est intéressé à eux pour ce seul fait. Je crois qu’ils sont capables d’avoir du plaisir à jouer ce jeu proposé, jeu que ces gens ont initié en cognant à ma porte.

3.     RIDM: Vous amenez l’histoire de la dictature au Chili à travers vos propres souvenirs familiaux. Pouvez-vous nous parler de ce choix, qui est à la fois subtil et très personnel?

IA: La dictature a affecté profondément la vie de tous. J’avais 21 ans lorsque le coup d’état a eu lieu, il est donc évident que la majeure partie de ma vie fut affectée par cette dictature. Et mon espace personnel ne pouvait évité de le montrer. Il suffit de regarder les objets pendant un moment et ils commencent à parler et à se lier les uns aux autres. Ces relations créent des histoires qui ne peuvent être autres que celles de mon expérience personnelle. Donc, l’idée n’était pas de raconter l’histoire de la dictature mais bien d’observer l’espace de ma demeure. Et de ce fait, les histoires apparaissent seules.

4.     RIDM: C’est une oeuvre qui parle de la société chilienne à travers la vie de plusieurs individus. Comment le film a-t-il été reçu dans votre pays? Les réactions sont-elles différentes selon les couches sociales des spectateurs?

IA: Les critiques ont fait l’éloge du film qui a en plus gagné des prix lors de deux festivals chiliens. Mais de ma propre perception personnelle, j’ai vu des réactions différentes, pas nécessairement en lien avec la position sociale des spectateurs mais qui dépendaient de leurs attentes personnelles. Une partie du public espérait que le film se dédie uniquement aux personnes visitées et que les scènes se développent davantage. L’autre partie du public voulait un autre film très différent, un film seulement « social ». Mais je dois avouer que le film n’a pas encore été si vu pour pouvoir répondre correctement à cette question.

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EL OTRO DIA  – d’Ignacio Agüero

CHILI – 2012 – 120 mins – V.O. ESPAGNOLE, S-T. ANG.

26 SEPTEMBRE – 20h, Cinéma Excentris (3536, Boul. St-Laurent).

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Bande-annonce: