Entrevue avec Everardo Gonzalez (« Drought »)

Immersion dans le paysage aride de Los Cuates de Australia, ne manquez pas Drought, dès lundi aux RIDM. Entrevue avec le cinéaste, Everardo González.

Comment avez-vous découvert le village où a été tourné votre film? Et pourquoi avoir choisi de tourner là-bas?

En 2004, alors que je travaillais dans un village de la région de Cuatrocienegas dans l’état de Coahuila, dans le nord-est du Mexique, j’ai entendu parlé d’un ranch qui s’appelait Cuates de Australia (cuates=amis), le nom de cet endroit m’a attiré comme un aimant. Je m’imaginais au départ un lieu où on élevait des autruches ou un petit village habité par des Australiens près de la frontière avec le Texas. Je me suis rendu au village et, en arrivant, je n’ai rien trouvé de ce que je m’étais imaginé, il n’y avait ni autruche, ni Australien, seulement des vaches et des cowboys, la plupart des cowboys venaient du nord-est. J’Imagine que n’importe qui intéressé à voyager l’aurait été pour les mêmes raisons qui m’ont emmené là-bas.

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Aviez-vous en tête dès le début de votre projet de parler de la sécheresse qui touche la région ou avez-vous été inspiré par ce sujet en cours de tournage?

Quand je suis arrivé au village, j’ai approché les gens et nous avons parlé de races de vaches et de chevaux. Au début nous n’avons pas parlé de sécheresse. Mais je me rappelle d’avoir vu un vieil homme remplir un bidon d’eau d’un étang. Quand je me suis approché pour lui parler, il m’a dit que c’était tout ce qui leur restait d’eau au village, il a commencé à me parler des problèmes de sécheresse et que chaque année ils devaient quitter leur ranch parce que l’eau des étangs se terminait. Il m’a dit qu’ils revenaient au temps des pluies. C’est à ce moment que l’idée m’est venue de les filmer lorsqu’ils revenaient chez eux après les pluies.

A-t-il été difficile de vous faire accepter par les gens du village, en particulier par les cowboys?

J’ai toujours trouvé difficile d’approcher des gens que je ne connais pas, c’est une vraie contradiction, mais je n’ai jamais été une personne très extravertie. Cela m’a toujours posé problème. Quand j’ai commencé à voyager avec l’intention de faire le film, j’avais parlé à très peu de gens, c’était comme aller à une nouvelle école où tous les autres étaient déjà amis, et moi j’étais le « nouveau ». C’est peut-être pour ça que ça me prend autant de temps faire un film. Le temps me permet d’être plus à l’aise, je suis lent pour apprendre. À un moment, les rumeurs ont commencé, certains disaient que je me cherchais une épouse, d’autres que je voulais partir avec leurs enfants, heureusement ces rumeurs se sont peu à peu effacées et ils ont fini par m’accepter et collaborer avec moi.

Les chants sur la bande sonore du film sont splendides. Pouvez-nous en dire plus sur leurs origines et interprètes?

Le chant « cardenche » a d’abord commencé par être chanté dans les champs de coton de l’état de Coahuila, ce sont des chants a capela à trois voix. Le « cardenche » es un cactus épineux, et le chant porte son nom.  C’est selon moi la musique la plus déchirante du Mexique. Ces chants portent la contradiction du désert, ils sont beaux mais toujours douloureux.

Voyez-vous des liens entre ce film et vos films précédents?

Je ne sais pas, je suppose que ce sont des enfants du même père, mais de différentes mères.

Vous avez inscrit le film pour concourir aux Oscars. À quelle étape se trouve le film dans sa course aux Oscars?

Le film a été accepté pour participer à la course aux Oscars, et on attend des nouvelles pour la suite.