Frederick Wiseman nous propose « Hôtel Terminus »

Hôtel Terminus de Marcel Ophüls sera présenté dans le cadre du programme special 15 ans, 15 coups de coeur.

C’est difficile d’écrire sur Marcel. Si j’étais romancier avec 500 pages à ma disposition, je ne pourrais qu’esquisser ses accomplissements extraordinaires comme cinéaste.  Hôtel Terminus et Le chagrin et la pitié comptent parmi les plus grands des films documentaires. Chacun de ces deux ouvrages est une réussite brillante, à la fois sur le plan littéral et sur le plan métaphorique. Leur force relève en même temps de leur précision historique (Le chagrin et la pitié raconte par le menu la profondeur et l’ubiquité de la collaboration française avec l’occupant allemand, tandis que Hôtel Terminus revient sur les atrocités de Klaus Barbie, le commandant de la Gestapo lyonnaise) et de leur portée métaphorique. Ces films mettent en lumière la banalité, l’indifférence au mal et la lâcheté qui caractérisent la plupart d’entre nous. Dans Hôtel Terminus, l’une des séquences les plus dévastatrices nous montre Marcel à la recherche de traces de Barbie au Paraguay. Il nous fait voir à quel point il était facile pour les militaires paraguayens, dans leur insensibilité, d’accepter l’aide de Barbie et de mettre en œuvre ses méthodes. À travers ces scènes, on voit très clairement que la capacité de passer de fantasmes du mal à l’acte ne se limite nullement aux seuls Allemands. Même si ce n’est plus un secret depuis qu’on connaît les écrits de Vasily Grossman sur les similarités entre Staline et Hitler, ou depuis les génocides du Rwanda, de Serbie et du Soudan (pour n’évoquer que ces quelques exemples), Marcel a été le premier à comprendre, et à montrer clairement dans ses films, les conséquences les plus néfastes de la capacité humaine de faire le mal. Par leur intelligence et leur sensibilité, ses films nous apprennent comment éviter de succomber à notre indifférence au mal et à la souffrance d’autrui.

Frederick Wiseman

It is difficult to write about Marcel.  If I were a novelist my 500 page novel would only begin to suggest his spectacular achievements as a film-maker.  Hotel Terminus and The Sorrow and the Pity are two of the greatest documentaries ever made.  Both films succeed brilliantly on a literal and metaphoric level.  Their strength is derived from their historical accuracy (The Sorrow and the Pity detailing the depth and pervasiveness of the French collaboration with the German occupiers and Hotel Terminus documenting the atrocities of Klaus Barbie, the Gestapo commander in Lyon) and their metaphorical  reach.  They illuminate the banality, indifference to evil and cowardice that is characteristic of most of us.  One of the most devastating sequences in Hotel Terminus is Marcel’s search for traces of Barbie in Paraguay. He documents the insensitivity and ease with which the Paraguaian military had both accepted and implemented the aid of Barbie and his methods  These scenes make very clear  that the capacity to act out evil fantasies was in no way unique to the Germans.  While that is perhaps more evident now because of the work of Vasily Grossman in writing about the similarities of Stalin and Hitler  and the genocides in Rwanda, Serbia, and the Sudan (to pick only a few examples) Marcel understood and made clear  in his films the darkest consequences of the human capacity for evil.  The intelligence and sensibility of his films is an example for all of us not to succumb to our generally indifferent response to evil and the suffering of others. (Frederick Wiseman)