« L’homme à la caméra » de Dziga Vertov: film de coeur de Gilles Jacob

Pour le programme 15 ans, 15 coups de coeur, Gilles Jacob nous propose de (re)découvrir un classique : L’homme à la caméra, de Dziga Vertov. En quelques lignes, voici comment ce grand passionné nous communique son enthousiasme!

Dziga Vertov a tourné de nombreux documentaires mais, pour moi, L’homme à la caméra justifie à lui seul mon choix comme poète de l’année. C’est un cinéaste qui a des idées simples et qui les met en branle avec brio, en bon inventeur de formes qu’il est. Ses études de musique lui ont insufflé ce sens du rythme et cette vélocité qui ne le quitteront jamais ; ses notions de médecine lui permettront de défier la persistance rétinienne, à l’image près. Dès lors il utilise toutes les possibilités du cinéma, de la grammaire et de l’écriture, alors en pleine ébullition, pour entonner des chants d’amour à la virtuosité. Fiction ? Mon œil ! Vive le filmage à l’improviste ! Vive le montage du réel! Cela se traduit, cette éloquence, par une réinvention de tout ce que la technique permet (ou non) : ralenti, accéléré, arrêt sur l’image, négatif, dessin animé, marche arrière, combinaison des images et des sons, contrepoint, collages, titres :  le tout au profit d’une gymnastique des thèmes assez ébouriffante. Au fond, Vertov c’est un Godard joyeux qui ne se prendrait pas pour un penseur.

Gilles Jacob


Dziga Vertov was a filmmaker who executed simple ideas with creative flair, inventing new forms in the process. His background in music gave him an enduring sense of pacing and velocity, while his knowledge of medicine allowed him to defy persistence of vision down to the frame. He used every possibility of cinema, grammar and narrative – then in rapid flux – to create stunning odes to genius. Fiction? Hah! Long live improvised filming! Long live the editing of the real! This eloquence is expressed in a reinvention of everything technique allows (or denies), yielding a breathtaking interplay of themes. In essence, Vertov was a joyful Godard who did not think of himself as a thinker. (Gilles Jacob)