Le mot de Gael Garcia Bernal sur « Megacities » de Michael Glawogger

Au tour de Gael Garcia Bernal de nous expliquer son choix pour les 15 ans, 15 coups de coeur : Megacities de Michael Glawogger.

J’ai découvert Megacities grâce à une copie VHS qui circulait d’un ami à l’autre et que l’on m’a prêtée un soir de fête. New York, Bombay, Moscou, Mexico… autant de mégapoles dont les habitants vivaient à l’époque du tournage (1998) une réalité distincte de celle d’aujourd’hui. C’étaient des villes lointaines, à la géographie moins connue du monde, des cités plus mélancoliques que l’image archétypale qu’on leur a accolée depuis. Le documentariste souhaitait y faire le portrait du présent. Maintenant, alors que le présent avance à toute vitesse, le portrait d’une « réalité » est souvent lié à son avenir. Mais au moment du film, je vivais à Londres, et c’est à distance que je voyais la ville de Mexico se développer dans sa dimension la plus insoupçonnable, même pour ceux qui y ont vécu. Surgissait alors dans le quotidien une histoire à la fois terrible et merveilleuse de survie. C’est ce film qui m’a fait sentir l’importance de partager les documentaires avec le monde entier : afin que nous ayons tous l’opportunité d’entrer dans un jeu narratif qui nous fasse découvrir les couches de complexité de nos parcours et nous permette, peut-être, en cours de route, de réinventer notre réalité.

Gael Garcia Bernal

I discovered Megacities when someone loaned me a VHS copy that way making the rounds from friend to friend. New York, Bombay, Moscow, Mexico City… each one a megalopolis where, at the time of filming (1998), people were living realities very different from today’s. They were far-flung cities, their geography wasn’t very well known, and they were gloomier than the archetypal images since ascribed to them. The filmmaker wanted to make a portrait of the present. Now, with the present moving forward so quickly, the portrait of any “reality” is often connected to its future. When the film was made, I was living in London, so from a distance I watched Mexico City change ways that were most unexpected, even for those living there. In everyday life, a terrible yet wonderful story of survival was unfolding. This is the film that made me realize how important it is to share documentaries with the whole world, so that we all have the opportunity to enter into a narrative that helps us discover the layers of complexity in our lives and, maybe, allows us to reinvent our reality in the process. (Gael Garcia Bernal)