C’est parti, dans la joie et la bonne humeur !

Un festival qui prend son envol, c’est toujours un moment un peu particulier. La salle est remplie d’invités chics et bien mis, les attentes sont à leur comble, on essaie d’humer l’air et de deviner la tonalité que les 11 jours à suivre vont bien pouvoir avoir. Joyeuses, sérieuses, politiques, engagées, explosives? Comment seront les prochaines RIDM?

À la soirée d’ouverture qui avait lieu hier soir au Monument-National (où les sièges demandaient autant de souplesse que de résistance), il y avait un peu de tout ça. Avec de l’humour en plus, niché dans le discours d’ouverture du président du conseil d’administration Mila Aung-Thwin, qui a parfaitement brisé la glace en évoquant avec une ironie irrésistible les fusions de festivals (et d’organismes gouvernementaux) et l’indépendance.

Puis, les discours des deux ravissantes directrices (générale, Roxanne Sayegh, et de la programmation, Charlotte Selb) nous expliquant que le choix du film d’ouverture, une plongée dans les coulisses du mythique cabaret de strip-tease parisien le Crazy Horse – par le tout aussi mythique Frederick Wiseman – relevait d’une stratégie subtile de séduction du festival (montrer des filles toutes nues pour appâter le chaland…subtil, en effet).

Parlons-en, tiens, de ce Crazy Horse. 2h20. Un chouïa trop long, entendait-on à la sortie. Mais à 81 ans, peut-on vraiment reprocher à un homme de s’éterniser dans ses fantasmes? Fred Wiseman, ce magicien du cadrage – mais où diable avait-il placé sa caméra? Sur la scène avec les danseuses? Directement sous leurs jupes qui n’existaient de toute façon pas? – observe, se rince l’oeil, s’amuse comme un gamin en filmant les répétitions pour le moins chaotiques du spectacle du Crazy, chorégraphié par le fantasque et génial à ses heures Philippe Découflé. On y a découvert aussi un personnage que la fiction n’aurait jamais pu inventer, le directeur artistique, chauve au regard fou et à la parole apparemment illimitée, d’une drôlerie involontaire absolue.

Léger, étonnant et prouvant la capacité de Wiseman à réinventer lui-même sa propre façon de regarder, Crazy Horse a joué le rôle d’amuse-bouche à merveille. Ne serait-ce que parce qu’il a donné envie de se replonger dans l’oeuvre du grand homme (ne manquez pas la rétrospective qu’organisent les RIDM, ce serait trop bête) et d’assister à sa classe de maître (avant le film, dans un enregistrement vidéo, Wiseman a en 5 minutes conquis la salle par sa chaleur humaine, sa lueur amusée au fond de l’oeil et sa vivacité… imaginez les miracles qu’il pourra faire en plusieurs heures).

Les yeux pleins des fesses rebondies comme des pommes des ravissantes danseuses du Crazy, l’âme amusée et l’envie « reboostée » de se plonger dans le réel, on a ensuite convergé vers Le Lounge des RIDM, chouettement décoré (à la Cinémathèque québécoise). Autour d’un verre, on a pu échanger sur le film (as-tu aimé, toi? – la question de la soirée), tandis qu’aux platines le fantasque Plastik Patrick faisait pleuvoir paillettes et pompons, pile dans l’ambiance du moment.

Alors joyeuses, ces RIDM? Probablement. En tout cas, enthousiastes, c’est assuré. Et ça, ça promet quelques journées bonbon dans les 11 à venir.

Vive le cinéma et vive les RIDM qu’on vous souhaite à tous éclatées, revigorantes, indépendantes, inspirantes et un petit peu magiques.

Helen Faradji
Membre du comité de présélection