Les RIDM en prison

Les RIDM ont développé, depuis l’an dernier, des programmes dans les prisons grâce au concours de la Société Elizabeth Fry du Québec – un organisme qui vient en aide aux femmes judiciarisées.

Sortir des lieux de diffusion habituels des festivals, aller chercher un public différent, casser les barrières de la cinéphilie classique, c’est une des missions du festival, et peut-être celle qui nous tient le plus à cœur. Nous étions déjà allés dans les écoles, nous avions organisé plusieurs projections en plein air : la prison nous semblait un des espaces les plus marginaux et les plus inaccessibles à explorer, avec un public intéressant à rencontrer.

Une première projection a eu lieu à la Maison Tanguay, la prison provinciale qui accueille les détenues purgeant des sentences de moins de deux ans, lors de l’édition 2010 du festival. Le film Jake, Not Finished Yet est alors montré à une trentaine de détenues, en présence du cinéaste, du directeur photo et du personnage principal du documentaire.

Cette séance a probablement été la plus émotionnelle du festival : la discussion qui a suivi a duré plus d’une heure, les femmes ont tant apprécié le film qu’on a offert un DVD de Jake à une dizaine d’entre elles et l’équipe du film est repartie ravie de leur première expérience en milieu carcéral. Selon eux, ce fut la projection la plus inoubliable de leur vie… Nous renouvelons donc l’expérience cette année avec la projection du film Bouton à Tanguay le 21 novembre, en présence du cinéaste.

L’existence au FIDMarseille d’un jury composé de détenus volontaires nous a inspiré à mettre en place un projet similaire, cette fois à l’Établissement Joliette, le seul pénitencier fédéral pour femmes au Québec (pour les peines de deux ans et plus). La durée des incarcérations permet de développer des projets sur un plus long terme qu’à Tanguay. La Société Elizabeth Fry du Québec nous a aidé à constituer un jury de cinq femmes, qui ont visionné huit films de la sélection 2011 et choisi leur gagnant.

Les membres du jury, Mélanie, Danielle, Despina, Christine et Ginette, ont pris leur tâche avec beaucoup de sérieux et de professionnalisme. Elles aiment énormément le cinéma, ont de bonnes connaissances du genre documentaire et un regard intelligent et éclairé sur toutes les œuvres que nous leur avons présentées. En outre, nous avons découvert cinq femmes chaleureuses, passionnées, généreuses, sûres de leurs préférences, et avec un si grand sens de l’humour qu’il en est presque déconcertant! Et puisque c’est une question qui nous a souvent été posée, il me semble important de souligner que nous n’avons aucun intérêt à connaître leurs crimes : elles ont déjà été jugées et purgent présentement leur peine. Elles n’ont pas besoin d’un second jugement de notre part, ni d’ailleurs de la part de la société en général. À leur tour d’être sur un jury!

Que ce soit à Tanguay ou à Joliette, nous pouvons affirmer que si nous avons apporté quelque chose aux détenues participantes, elles nous ont certainement apporté tout autant. Il y a beaucoup à apprendre de l’univers carcéral. D’ailleurs, la justice et la prison sont au cœur de la programmation de cette 14e édition. Je conseille vivement deux titres essentiels dans les Rétrospectives, Juvenile Court de Frederick Wiseman et René d’Helena Třeštíková. Du côté de la sélection officielle, ce sont les récents films Better This World, Prison and Paradise, À charge et à décharge et Paradise Lost 3 : Purgatory qui illustrent cette réalité.  Et finalement, le film allemand My Freedom, Your Freedom, un incontournable de cette édition, un film très dur mais aussi très juste sur l’incarcération.

Charlotte Selb
Directrice de la programmation