L’Harmonie

« J’ai vécu un monde qui est mort » affirme avec nostalgie Roger, un ancien dirigeant de la cellule locale du Parti Communiste. Denis Gheerbrant le filme lui et ses camarades qui étaient des militants convaincus en 1968, des staliniens fidèles. La salle de l’Harmonie, construite en 1820 dans le quartier de l’Estaque, a évolué avec eux. Fanfares ouvrières, bastion du P.C.F. ou encore salle d’activités (loto, danse, cours de chant etc.), l’Harmonie a toujours été un lieu de rassemblement pour les habitants du quartier. L’Harmonie tisse les liens sociaux des Estaquéens. Le réalisateur en faisant parler ces militants qui combattent pour un projet anticapitaliste qui réunirait la gauche, fait revivre la mémoire de Marseille et l’histoire des quartiers. Roger nous raconte le travail à la chaîne qu’il a commencé à 18 ans, les grèves auxquelles il a participé activement afin d’améliorer les conditions de travail des ouvriers, son engagement au sein du Parti Communiste et ses désillusions à partir des élections présidentielles de 1981 qui ont marqué un premier pas vers le déclin du parti et le début d’une confrontation avec ses dirigeants. Dans ces quartiers appelés auparavant « la petite Russie » (le Parti Communiste y recueillait 70 à 75 % des voix) même si les ouvriers ont souffert de la désindustrialisation entamée après le premier choc pétrolier et ont quitté, pour beaucoup, le Parti dans les années 80, ils restent actifs et se regroupent en collectifs militants et associations antilibérales. La lutte fait partie intrinsèque de leur vie et l’ombre de Marx plane toujours au-dessus de leurs têtes. Comme le dit une Estaquéenne après le résultat du premier tour des élections législatives : « On fera la révolution, avec qui, on sait pas, mais on la fera. »

AA

L’Harmonie sera projeté le 19 novembre 2010 à 18h à la Cinémathèque québécoise.