Gaza, toujours vivante

« Toujours vivant », telle est la signification d’Aisheen. Malgré la mort et le deuil qui envahissent Gaza, ce territoire palestinien filmé par Nicolas Wadimoff est « toujours vivant ». Tourné pendant 14 jours en février 2009, le documentaire helvético-qatarien Aisheen, still alive in Gaza nous plonge au cœur du quotidien des gazaouis qui vivent dans « la plus grande prison du monde ».
Dans ce pays qui n’en est pas un, on découvre un paysage ravagé par l’impact des bombardements. Les premières images sont celles d’un parc d’attraction fermé et inutilisé baptisé la « cité des fantômes » par un gardien, cette cité des fantômes à l’image de la ville de Gaza est dévastée. Mais loin du tourbillon de larmes et de cris qu’on a coutume de voir aux journaux télévisés, même si Gaza apparaît comme une terre de détresse et de déchirements, l’espoir et la dignité de certains dépeignent une autre facette de la bande de Gaza. Les clowns partent en mission dans les écoles primaires et divertissent les enfants, les jeunes sont passés maîtres dans l’art de la survie et de l’entraide, les familles n’ont d’autres alternatives que de se souder pour affronter le quotidien ponctué par les bombardements. « Si tu perds espoir, tu perds la vie » dit un homme à une jeune fille.
L’équipe du film est allée à la rencontre de ces Palestiniens, surtout des jeunes générations. On les voit en train de pêcher, de ramasser les os de mammifères marins pour les rassembler dans le zoo de la ville où même les animaux crèvent de faim. Certains se questionnent sur leur futur et se rêvent un avenir de médecin ou de vétérinaire. D’autres expriment leurs idées en chansons. L’étonnant groupe de rap, The Darg Team, continue de chanter malgré le conservatisme qui règne à Gaza où le rap constitue un symbole de la culture occidentale. Alors que les morts font plus qu’ailleurs partie de la vie, elle continue.
Face à ces individus qui se tiennent debout malgré tout, l’absurdité de la guerre est affreusement présente : même les baleines échouées sur la plage portent les stigmates du conflit israélo-palestinien. Mais l’humour n’est pas mort. Dans le zoo, un singe agressif porte le nom de Sharon…
L’horreur du conflit n’est pas pour autant occulté. Sous nos yeux se déroulent des scènes terribles comme celle de la distribution de nourriture où la foule vient s’écraser contre les barreaux en tendant leurs tickets de rationnement. À l’intérieur, des hommes terriblement silencieux, impuissants face à ce désarroi, effectuent leur travail de vérification des papiers.
Le parti pris du cinéaste de ne pas faire de commentaires sur les images qui parlent ainsi d’elles-mêmes, permet de laisser les Palestiniens s’exprimer et de ne pas tomber dans un misérabilisme malsain ou un discours politique préconçu. Nicolas Wadimoff offre un regard empreint de vérité, d’humour et de sensibilité sur la bande de Gaza, à l’encontre de la représentation que l’on peut se faire de cette bande de terre enclavée en Israël qui vit sous le joug de Tsahal et le contrôle du Hamas.
En identifiant clairement le nom des lieux qui ont été filmés tout au long du documentaire ainsi que les noms des individus rencontrés, Nicolas Wadimoff redonne alors un sens géographique à cette terre palestinienne et une identité propre à ses habitants. Loin de l’image stéréotypée que l’on peut se faire de Gaza, le film, réussit à sortir des sentiers battus et dévoile Gaza sous un angle inédit.

Anaïs Armanville

 

 

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