17 August, Alexander Gutman

17 August nous introduit dans le quotidien d’un homme, prisonnier à vie. Une austérité impossible à faire partager, mais dont Alexander Gutman s’approche au plus près à travers un procédé minimal et efficace. En jouant sur les cadres et la nature de l’image (nous ne rentrerons pas plus dans les détails ici, il faut faire cette expérience en salle), il modifie dès les premiers plans notre perception de ce qui a lieu à l’écran. Sans cesse, le regard bute et doit se réadapter, degré par degré, aux changements d’horizon. Sensibilisés à ce qui différencie un plan d’un autre, ce sont les fossés entre chaque espace que nous apprenons à voir : en prison, chaque pas de porte devient une frontière de plus qui isole du monde extérieur. Alors il ne reste plus que la répétition des gestes quotidiens pour ne pas perdre la notion du temps, pour continuer à faire exister la cadence d’une journée. L’exercice physique, la toilette, les prières, ne varient que par les paroles du prisonnier qui les accompagnent, au gré de « conversations » auxquelles personne ne peut répondre : ni lui-même, ni Dieu, ni l’araignée qui passe par là, seul signe qu’il existe encore un dehors. Filmée fixement, cette éternité s’oppose aux scènes extérieures – notamment celles du croque-mort qui a seul une raison de s’activer – pour lesquelles l’angle de la caméra, redevenue « libre », est extrêmement mobile. 17 August est une expérience filmique parfaitement sobre et pudique (pas question de juger ni même d’évoquer les crimes commis), qui n’a d’autre prétention que de nous faire envisager, par les moyens les plus simples de la mise en scène, ce que peut-être le ciel « recadré » à jamais par les murs d’une prison.

Apolline Caron-Ottavi

17 August sera projeté le 18 novembre 2010 à 17h45 à la Cinémathèque québécoise et le 19 novembre 2010 à 17h30 au cinéma ONF. Plus d’informations ici.