Videocracy, d’Erik Gandini

Tant qu’il y a des filles en g-string, nous dit-on dans Videocracy, le public italien est intéressé! C’est ce que nous révèle, parmi bien d’autres choses, le cinéaste Erik Gandini dans son fascinant documentaire sur la télévision italienne.

Pour nous faire saisir comment le souriant Sylvio Berlusconi, empereur des médias et président du conseil italien, a transformé la société italienne par sa télévision sexiste et superficielle, Gandini propose une vision de l’intérieur. En quoi consiste la télévision à la sauce berlusconienne? Qui fait-elle rêver? À qui profite-t-elle? Quels sont ses effets sur les comportements?

Gandini nous offre des rencontres avec une galerie de personnages qui tournent autour de cet univers flamboyant. Il y a ceux qui rêvent de s’y tailler une place : Ricardo, qui se veut un mélange de Jean-Claude Van Damme et de Ricky Martin, mais qui se désole de voir que les filles prennent toute les places disponibles. Il y a ces tonnes de filles italiennes prêtes à tout pour devenir les prochaines velinas, ces filles muettes et sexy des plateaux de télé qui dansent un stacchetto de temps à autre pour garder l’auditoire.

Nous rencontrons Lele Mora, fan avoué de Mussolini et plus célèbre agent d’artiste du pays, qui a le pouvoir de propulser des inconnus au rang de vedettes fabriquées du petit écran. Et qui est un proche du président. Il y a Fabio, réalisateur de télé chevronné, et Fabrizio Corona, ambitieux personnage qui se crée une image et une trajectoire médiatique très particulière.

Ce voyage au cœur du grand spectacle italien d’inspiration berlusconienne alimente les réflexions sur le souci et le pouvoir de l’image, sur l’art de charmer une population pour la manipuler, sur le mariage entre politique et divertissement, et puis, finalement, sur la culture populaire d’un pays classé au 77e rang pour la liberté de presse, et au 84e pour l’égalité des sexes, selon Gandini.

Un cirque qui fait rire jaune.

Benoit Rose

Videocracy sera projeté le 13 novembre 2010 à 16h30, à la Grande Bibliothèque, et le 14 novembre 2010 à 17h, au Cinéma Parallèle. Plus d’informations ici.