Détroit ville sauvage, de Florent Tillon

Disons-le d’entrée de jeu : Détroit ville sauvage est un film formidable. On a vu d’autres reportages sur l’état de décrépitude de cette ville américaine, notamment aux Francs-Tireurs à Télé-Québec et peut-être au Téléjournal, mais ici l’esthétique de la cité abandonnée, avec son atmosphère irréelle, vaut particulièrement le détour.

Le réalisateur Florent Tillon capte ça et là des images fortes: ici, des travailleurs qui, du haut d’un étage élevé d’un immeuble abandonné, balancent par-dessus bord des gros poêles qui vont s’écraser au sol; là, un homme qui boite traverse lentement un boulevard déserté en traînant son panier d’épicerie. Plus loin, des « casseurs de ruines » qui ont l’air de jeunes d’un camp de vacances démolissent une crackhouse à coup de hache, et puis là-haut, les faucons qui tournoient et qui font des édifices vides leurs nouvelles falaises.

Un intervenant, qu’on dirait anthropologue, nous raconte que le mythe de Détroit à l’époque du boum industriel était que tout le monde faisait partie d’une grande machine. Le nouveau mythe, dit-il, se nourrit d’une étrange fierté de faire partie d’un monde sombre et inquiétant, où les gens allument des feux la nuit (entre autres pour brûler des maisons abandonnées à la veille de l’Halloween).

Ce documentaire parvient par ailleurs, en sourdine et à travers les derniers personnages, à nourrir une réflexion sur la civilisation, sur l’art de la survie, sur cette nature qui reprend ses droits, et sur ce qu’on peut faire d’une ville dans un tel état. Peut-être, comme l’évoque plein d’espoir le tenancier d’un bar, cette ville deviendra ce que l’imagination des jeunes des environs en fera.

Un documentaire comme une fenêtre ouverte sur un monde post-apocalyptique!

Benoit Rose

Détroit, Ville sauvage sera projeté le 13 novembre 2010 à 13h au cinéma ONF et le 14 novembre à 15h au Cinéma Parallèle. Plus d’informations sur le film ici.