La part d’ombre, de Charles Gervais

Les Cambodgiens âgés de plus de 40 ans sont des survivants. Ils ont traversé avec douleur le grand traumatisme national, les quatre longues années du régime dément des Khmers rouges de Pol Pot, qui ont mené les destinées de leurs compatriotes d’une main de fer. Le quart de la population n’y a pas survécu.

Le documentaire de Charles Gervais suit avec sobriété et respect la quête de Thida, jeune Québécoise dont les parents ont survécu au régime rouge. Après la mort de son frère, qui était toujours demeuré très discret par rapport à son voyage au pays de leurs ancêtres, elle décide de partir à son tour, afin de comprendre ce qui se cache derrière le malaise familial. Son voyage coïncide avec la tenue au Cambodge d’un procès parrainé par les Nations Unies, où seront jugés cinq anciens khmers rouges, et qui replonge tout le pays au cœur de ses blessures profondes.

Malgré la difficulté qu’ils éprouvent à parler de ces années de peur et de soumission, les gens qu’elle rencontre parviennent à s’ouvrir, partiellement, et avec beaucoup d’émotion, sans doute sensibles à la volonté d’une jeune femme de comprendre de quoi elle vient, de quelle horreur provient le venin qui a « empoisonné » sa famille, et blessé à jamais ses parents. « On dirait, dit-elle, que les survivants, les anciens bourreaux et les générations qui les suivent continuent d’être les victimes de ce dérèglement humain. Et je me sens étrangement à ma place parmi eux. »

Au-delà des visites de lieux historiques et des rencontres émouvantes avec des survivants (dont l’un des sept rescapés de la tristement célèbre prison S-21), ce qui amène un peu de chaleur dans ce récit est la connaissance que Thida fait de ses deux oncles. L’un d’eux n’a pas vécu le régime des Khmers rouges et accompagne partiellement sa nièce durant son périple, tandis que l’autre tente de participer à sa façon à la reconquête d’une dignité nationale perdue.

À noter pour les amateurs éclairés : certaines images sont très jolies, et la bande sonore contient deux pièces musicales du groupe Dengue Fever.

Benoit Rose

La Part d’ombre sera projeté le 12 novembre 2010 à 19h, à la Grande Bibliothèque, et le 16 novembre 2010 à 17h, au Cinéma Parallèle. Plus d’informations ici.